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poésies sonores
atelier 51, ancienne SIP plainpalais
rue des vieux-grenadiers 10 ― 1205 genève
vendredi 28 novembre 2003, à 20h30

Renverser la perspective convenue. Si le texte n'était plus pris comme l'absolu, l'abstraction d'une matière première, mais au contraire comme pré-texte à la matérialisation, à la constitution d'un corps, d'un son, d'un espace spécifique, qui en seraient le déploiement abouti. Tel est le principe commun des performances de la soirée Roaratorio: performances à prendre littéralement comme des mises en forme ― corporelles, sonores, spatiales ― c'est-à-dire comme des empreintes concrètes, provisoires et fugitives, autant d'états suspendus de la poésie.

Programme

Caroline Bergvall [UK]
Les lectures de Caroline Bergvall sont, dans leur radicalité minimale, extrêmement spectaculaires: elles situent la gestuelle spécifique de la lecture par une micro-cinétique très virtuose (impliquant lèvres, face, buste), qui amplifie, ou repousse, ou contredit (comme un accompagnement musical devenu si complexe qu'il assumerait un rôle de contre-soliste) le « texte », lui-même magnifié dans sa dimension sonore par l'incessante contamination linguistique, le passage entre les langues, qui le constitue.
Hubertus Biermann [D]
La Ursonate de Kurt Schwitters, interprétée par Hubertus Biermann, constitue un des achèvements artistiques les plus incontestables des avant-gardes historiques du 20e siècle. Schwitters, dans le sillage de la poésie phonétique des dadaïstes zurichois, voulut retourner à l'unité élémentaire du langage, la lettre, comme matériau en soi duquel tirer des potentialités nouvelles, en deçà du mot. Cela donne, en 1932, la Ursonate, monument de plus de quarante minutes de poésie concrète élémentaire. Très rares sont encore aujourd'hui les interprètes capables d'en déjouer toutes les embûches proprement physiques.

Sonate élémentaire

Kurt Schwitters composa son Ursonate (en traduction littérale : Sonate élémentaire, ou primitive), également appelée Sonate in Urlauten (Sonate en sons primitifs) entre 1922 et 1932. Elle fut publiée à cette date dans le numéro 24 de sa revue Merz. Certains des motifs qui la constituent sont tirés de poèmes phonétiques de son ami Raul Hausmann (le fameux début fümms bö wö tää zää uu pögiff mü provenant du poème-affiche F M S B W T C U / P G G F / M Ü): Schwitters signale de la sorte son rattachement à une tradition poétique concrétiste et primitiviste, qui comprend aussi bien, outre le Cabaret Voltaire des dadaïstes zurichois, les futuristes italiens des années 1910 et leurs poèmes onomatopoétiques, ou encore les futuristes russes et leurs recherches sur le Zaum, ou « langage transrationnel ». À leur suite, Schwitters vise à l'élargissement de la poésie, à son affranchissement du niveau commun que sont les mots communs de la langue, et à l'épanouissement de ses dimensions spatiales et sonores. Il les délaisse, pour en arriver au niveau de ce qu'il conçoit comme le matériau élémentaire, soit les lettres. Arrachées à leur contexte utilitaire habituel, devenues pures entités indépendantes, il s'agit ensuite de les regrouper pour constituer un nouveau langage, fait de mots inventés, littéralement insensés, et susceptibles du coup de déployer une infinité de sens. Le résultat en est une oeuvre très rigoureusement composée, d'une longueur inhabituelle, construite telle une sonate classique en quatre mouvements. Déjouant, en dépit de ces emprunts (en partie ironiques) à la forme classique, les usages habituels du langage et de la musique, elle demeure un chef d'oeuvre d'une redoutable difficulté d'interprétation, et constitue, plus de 70 ans après sa création, un monument artistique du 20e siècle.

Production

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