CeRNET > Bibliographie > Fiche de lecture

CHARTIER, Roger (2000)
«Passé et avenir du livre», conférence du 23 novembre 2000 dans le cadre de
L'Université de tous les savoirs .
Paris: CNAM, 2000 .
En ligne: http://www.telerama.fr
Enregistrement: RealAudio

(AB, septembre 2001)


Introduction

Le livre n'a pas toujous été le même. Il y a, à son propos, discontinuité entre des objets aux statuts différents: le livre moderne (unité d'un objet, d'un auteur et d'une oeuvre) n'a que peu de choses à voir avec un rouleau (volumen) ou même un codex. Donc, examiner le passé du livre et son futur exige

autour de deux moments historiques de la culture écrite:

  1. le milieu du XV: invention de l'imprimerie
  2. la fin du XX: révolution technologique de l'électronique

A. Effets de l'invention de l'imprimerie sur la lecture

Imprimerie: multiplication des copies, reproduction mécanique, baisse du coût et du temps de copie. Dès lors: circulation des textes, où chaque lecteur a accès à plusieurs textes, où un livre a accès à plusieurs lecteurs, où un texte reste semblable pour ses divers lecteurs.

Qt: l'imprimerie provoque-t-elle une mutation de la lecture?

R: non. En effet:

Il ne faut donc pas nécessairement imputer à l'apparition d'une technique innovante des transformations dans le rapport à l'écrit. Ces transformations sont antérieures, et bien mieux liées au passage de la lecture articulée (avec un usage conservatoire de l'écrit) à la lecture silencieuse (où l'écrit s'offre à un usage scolastique de connaissance).

Remarque: Il existe des mutations profondes dans le rapport à l'écrit qui peuvent s'opérer alors qu'il y a une stabilité des formes matérielles et sociales de son existence. Par exemple, le XVIII marque une révolution de la lecture à l'intérieur d'un cadre matériel stable: mutations portant sur l'objet lui-même (le livre de petit format), ou sur les autres formes d'objet de l'écrit (multiplication des périodiques), ou sur l'accès fait au livre (cabinets littéraires, sociétés de lecture, ...)

B. Le présent du livre.

L'écran fondamentalement est un support de textes (vs McLuhan qui opposait texte/image). Les écrans contemporains sont de nouveaux supports pour l'écrit.

Mais pourtant, disparition supposée de l'écrit et du lecteur. Qu'en est-il?

La révolution du texte électronique est non seulement une révolution des techniques de reproduction des textes mais encore et surtout une révolution des structures de l'écrit, de l'organisation même de la textualité sur la surface d'un support.

Cette révolution électronique est à mettre en rapport non pas avec celle de l'imprimerie, mais bien du codex p/r au volumen, révolution dont les effets p/r à l'ordre des discours se mesurent quant à leur inscription, leur transmission et leur appropriation.

Qt: quels effets de la nouvelle modalité électronique sur les formes de construction et de réception des discours?

R: dans le domaine des discours de savoir:

On ne peut donc pas enfermer le discours sur l'avenir de la textualité électronique dans les catégories et les objets que nous connaissons actuellement.

Conclusion

Benjamin (1936): il n'y a pas de signification intrinsèque des techniques. Leur sens leur vient de ce que les sociétés en font.

Doivent donc s'inventer des usages nouveaux.

L'avenir de cette technologie sera ce que collectivement nous saurons en faire.