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BARTHES, Roland (1968)
«La mort de l'Auteur» ,
Le bruissement de la langue .
Paris: Seuil, 1984, pp.61-67

(DKW, mai 2000)


Dans cet article, Roland Barthes fait de la condition essentiellement verbale de la littérature le propre de la modernité. Ainsi la littérature n'est-elle plus rapportée à un auteur qui en serait à l'origine, mais au langage lui-même: c'est le langage qui parle, ce n'est pas l'auteur. L'écriture apparaît donc comme un espace neutre où la voix (de l'auteur) perd son origine, et où l'énonciation est conçue comme processus vide, c'est-à-dire comme une fonction du langage.

Si le texte moderne implique la mort de l'Auteur, il procède à la naissance du scripteur: le scripteur moderne naît en même temps que son texte. Roland Barthes opère donc un renversement où le texte n'apparaît plus comme le produit d'un écrivain, mais comme un espace producteur, l'exemple le plus caractéristique de cette puissance de l'écriture étant représenté par ce que la linguistique a appelé le performatif; à la pointe de ce renversement, ce n'est plus l'oeuvre qui imite la vie, mais la vie qui imite l'oeuvre.

Barthes oppose dès lors, à l'expression de l'auteur manifestée par la voix, l'inscription du scripteur, dont la main trace un champ sans origine - ou qui, du moins, n'a d'autre origine que le langage lui-même. Cette disparition de l'auteur qui s'absente dans l'écriture débouche sur une nouvelle conception du texte, en tant qu'espace à dimension multiples, où se marient et se contestent des écritures variées, dont aucune n'est originelle: le texte est un tissu de citations, issues des mille foyers de la culture. Le rôle de l'écrivain se borne dès lors à mêler les écritures.

Cette modernité du texte implique l'exemption du sens: il n'y a pas de fond à quoi ramener l'oeuvre. La mort de l'auteur conduit, logiquement, à celle du critique, désormais relayé par le lecteur. Le lecteur représente en effet le lieu où la multiplicité du texte se rassemble: l'unité d'un texte n'est pas dans son origine, mais dans sa destination.

A la fonction du «scripteur» correspond donc celle du lecteur, toutes deux produites par le texte en tant qu'espace autonome, et se substituant au couple de l'auteur et du critique.